Les garçons

J’ai connu un Clément, quand j’étais au lycée. On était dans la même classe et il me plaisait avec ses petits airs d’intello et une pointe d’humour, un niveau un peu plus élevé qu’Hugo qui bandait ses biceps quand il me parlait. A l’époque, j’étais avec un garçon « plus vieux ». J’étais amoureuse, mais de cet amour que tu crois avoir à quinze piges pour un type à peine majeur qui te prend avec douceur parce qu’il te croit vierge. Je croyais donc aussi qu’il me fallait être fidèle. Pas parce que j’en avais envie, par moralité, ou par devoir. Mais c’est du pareil au même. Fabrice m’a démontré que c’était des conneries. Ca l’arrangeait. Il avait l’âge vénérable du Christ, j’étais majeure depuis deux semaines et j’avais envie de fêter ça par un interdit. Rien de mieux qu’un verre de champagne et une gorgée de foutre.

J’ai jamais été la plus jolie, la plus fine, la plus blonde ni la plus drôle. Moi j’étais brune, grande, un peu à part avec les seins d’une femme qui a passé la moitié de sa vie à enfanter et un peu de ventre, un vrai corps de femme, impossible à cacher. Du coup, j’ai grandi avec le regard des hommes sur mes formes. Un regard lubrique où je pouvais lire combien ça lui plairait, au gros dégueulasse là-bas, de m’ouvrir les lèvres, on doit être loin de la chatte poilue et distendue de bobonne, de la cellulite vergeturée et du lait caillé en guise de cyprine, chaque premier dimanche du mois.

A côté de ça, je n’ai jamais trop plu aux mecs de mon âge. Je me suis fait une raison. Par la suite, c’en est devenu une ligne de conduite : jamais « trop jeune ». Comprendre moins de cinq ans d’écart. Et les avances des hommes mariés/pères de famille de mon entourage sont devenues une habitude. Ce qui est drôle, c’est que certains d’entre eux sont devenus mes plus proches confidents, quelques années après la dernière pipe ou la dernière fessée, tandis que pour nombre de femmes respectables, je suis le genre d’amie qui dérange.

Pourquoi je parle de Clément ? Y a des prénoms comme ça qui sonnent immédiatement le petit copain parfait, gentil, mignon, dont toutes les filles sont amoureuses en CE1. Si tu t’appelles Pierre ou Nicolas, ça fonctionne aussi. Pendant un moment, j’y rangeais aussi les Raphaël et les Gabriel, mais avec le recul, les archanges n’ont jamais fait preuve d’humilité. Cela dit, c’est important, le prénom. J’ai beau avoir écarté les cuisses devant plus de visages que je n’ai de doigts aux quatre membres, je me souviens de tous, pour l’instant. Dans l’ordre même. De quoi faire un échantillon statistique.