Te souviens-tu de ces nuits que l’on passait à s’abrutir devant de vieux films, se remettant tant bien que mal des verres de trop de la veille ? Te souviens-tu quand tu murmurais dans un râle, un grondement presque, combien tu aimais ces rares fois où nous étions sobres quand nous baisions ?
Je suis retombée ce matin sur un vieux dossier, dans lequel j’avais scanné quelques lettres que je t’envoyais. Comme cette fois-là, après notre rupture, où tu as reçu des fleurs, le lendemain du second tour des régionales. Tu as mis deux jours à comprendre l’allusion de cette défaite, je crois, ou alors tu as tardé à répondre, peut-être. Bien avant ça je t’envoyais des photos au dos desquelles je décrivais des scènes, vécues ou imaginaires, qui mettaient en scène la douceur que tu pouvais parfois avoir, quand on ne se frappait pas parce qu’ivres tous les deux. J’ai presqu’arrêté de fumer, tu sais ? Parfois, avec un verre en terrasse, ou alors pour faire une pause lorsque la journée est longue. J’achète encore le même paquet. Mais je n’ai pas retrouvé ma voix. Je pense qu’elle est perdue.
La flamme du briquet éclaire sa peau tandis que j’allume le dernier joint de la soirée. Charlie Chaplin ne nous tourne pas encore le dos et elle s’est endormie. Contre moi. Nue. Une tête lourde sur ma hanche, abandonnée. Comme elle m’a abandonné juste avant l’ensemble de son corps, le temps d’une étreinte. Ecran noir. Des cendres se posent sur son épaule droite lorsque je cherche à bouger. Elle tressaille. D’un revers de main je lui évite la brûlure. Elle me libère dans son sommeil. Un baiser sur cette même épaule. Un râle presqu’inaudible. Elle se redresse et m’embrasse, les yeux clos et le visage fendu d’une moitié de sourire. Et sa tête retombe. « Bonne nuit ».
Elle me réveille de ses caresses. Sa bouche parcourt mon torse et ponctue sa descente du bout des lèvres. Ses mains chaudes les précèdent. Je me tends déjà. Je reste là, immobile, me privant de voir pour profiter davantage des autres sens. Ses seins m’effleurent à mesure qu’elle s’approche de mon sexe. De ses mains qui parcourent mes cuisses, elle se saisit de moi et m’embrasse. Me mange. Ses mains me frôlent, sa langue remonte le long de ma verge, s’attarde sur le frein et continue plus doucement encor sur mon gland.
Dans la marge, une annotation au crayon que j’avais rajoutée : Il n’y a pas de e à « encor » parce qu’ « encore » signifie l’envie et « encor », le désir.
Je finis par entrouvrir un œil et l‘observe. Elle savoure. Son regard si sérieux, même dans ces moments là, croise le mien. Un éclair de gourmandise. Elle est déjà bien plus que moite. Elle adore ça. Je pose mes mains sur ses hanches et y saisi la chair quand elle s’empale. La laisse coulisser. A mesure que le plaisir la gagne, je perds tout contrôle de mes mouvements ou des siens, je ne suis qu’un instrument de son plaisir. J’explose. Elle se penche sur moi et cale sa tête près de la mienne, mordille mon cou. Son épaule frôle mon nez. Son odeur restera encrée dans mes narines. L’odeur du tabac froid sur une peau nue.

Je ne l’avais pas lu celle-là. Hum,hum… c’est très finement Show…
Elle date de 2009, c’est un vieux texte
ils sont très beaux vos textes, sauvages, pertinents, nous ramenant à des souvenirs, à du vécu. vous êtes sur Twitter aussi…plus impertinente, mais tellement drôle. Un sacré personnage !
Terriblement sensuel. J’en suis tout émoustillé!