Dans la première partie, vous étiez l’insecte qui se délectait d’une chair putréfiée, dans la seconde, vous voilà flic torturé, dans la troisième, l’étrange témoin d’un bar va nous aider. Enfin, la quatrième partie nous en apprend plus sur Camille.
Ca m’a pris du temps pour l’emmener jusque là, il me faut brouiller les pistes, changer les lieux où disparaissent les corps et choisir un terrain de chasse différent à chaque fois. Je me remémorais encore mes plans. Ne pas la frapper trop vite, la laisser s’exprimer, pour mieux se souvenir de sa douleur. Tout en conduisant, je gardais la main gauche serrée sur l’acier froid du poing américain.
J’avais huit ans quand je l’ai trouvé dans la rue. Au début je frappais les murs, les meubles, les objets. Adolescent, ce furent les petits animaux. Je préférais les chiens. Ils glapissaient mieux. J’ai toujours aimé entendre l’agonie, une mort inaudible est une mort inutile. Alors je frappais, doucement d’abord, puis de plus en plus fort. Lorsque le grognement atteignait son paroxysme, je portais le coup fatal, dans la nuque. Aux clameurs du trépas succédait le silence.
Puis vint le jour où seuls les cris et les pleurs réussirent à calmer mon excitation. Mes érections douloureuses ne cessaient que lorsque mes proies laissaient s’exclamer leur douleur. Les animaux ne suffirent plus, je passais aux femmes. Dans un premier temps, leur plaisir me contentait, il fallait juste qu’elles soient bruyantes. Par la suite, je frappais, je griffais, je pinçais, je mordais, je brûlais. Je choisissais les plus douces, les moins résistantes au mal. Pendant quatre ans, mes pulsions furent étouffées par ces femmes que je maltraitais dans la pénombre. Je ne prenais jamais de prostituées, trop dures de caractère, elles hurlaient peu et ne se laissaient pas faire. Je m’attardais sur les étudiantes. Plus l’une d’entre elles paraissait fragile, plus je l’aimais.
Un soir ma partenaire finit aux urgences. J’avais cogné si fort qu’un de ses bras s’était brisé. La surprise passée, ces élancements m’excitèrent. Je la pris contre sa volonté, ce fût bref, électrisant, incomparable. Je venais de découvrir l’extase du viol. Après le départ de l’ambulance, je suis resté enfermé dans le noir à craindre qu’elle ne porte plainte contre moi. J’ignore toujours pourquoi elle n’en fit rien mais je me promis de ne jamais me remettre dans une situation si dangereuse. Je repris le poing américain.
Ma mère était musicienne. Elle me berçait au piano ou à la clarinette. Je lui dois ma dévotion pour les sons. Elle aussi gueulait beaucoup. Quand elle était violée ou battue par mon père. Je me cachais dans le placard et j’observais à travers les planches de la porte. Les raies de lumière horizontales formaient les lignes de la partition où j’inscrivais mentalement les notes de sa souffrance. Ses derniers cris composèrent la plus belle des mélodies.
Camille hurla de la même façon lorsque je plantai pour la première fois mes ongles dans sa chair. Ma main gauche restait dans ma poche, étreignant l’acier. Elle fût plus longue à mourir que les précédentes, j’y mis plus de forme. Les liens l’empêchaient de se débattre mais elle réussit quand même à m’envoyer un violent coup d’épaule. Sa résistance m’offrit un orgasme si puissant que je n’eus pas besoin de la toucher. Elle avait été belle dans la vie, dans le sexe, superbe de jouissance, elle était maintenant parfaite dans la mort, son effroi magnifique et ses gémissements possédaient la justesse d’une symphonie de maître. La suivante sera certainement décevante.
D’ailleurs, il est l’heure d’aller la rejoindre.

Belle noirceur glauque.
Pour le glapissement, le singe, plus difficile à se procurer que le chien ou l’humain, est excellent.
C’est bien vu et encore une fois rondement bien mené. C’est quoi la prochaine nouvelle ?
Pas de date précise mais quelques idées en tête, bientôt j’espère
Magnifique !