Si vous arrivez en cours de route, retrouvez les trois premiers épisodes ici :
- poing de vue – 1/5
- poing de vue – 2/5
- poing de vue – 3/5
Je suis enfermée dans le coffre de cette voiture depuis bientôt une demi-heure, on doit être loin de Paris maintenant. Le véhicule ralentit. Il coupe le moteur. Mais que fait-il ? Je n’entends rien. La carrosserie grince, c’est la portière. Des bruits de pas qui viennent vers moi. Voilà, il va me tuer ici, c’est le lieu qu’il a choisi. Je dois m’enfuir. Ces liens sont trop serrés… Le frapper, fort, et courir.
Je suis restée pétrifiée lorsque je me suis retrouvée face à lui. La porte entrebâillée, son visage était impassible. Il a demandé calmement s’il pouvait entrer. Il me regardait froidement. C’est comme s’il n’avait jamais posé les doigts sur moi, j’étais une parfaite inconnue. En le précédant dans le salon, j’angoissais. Que faisait-il ici ? Et pourquoi m’ignorer de la sorte ? Et comment m’avait-il retrouvée ? Ca n’a aucun sens.
Il avait pourtant l’air normal celui-là, après la quinzaine de dégénérés que j’ai croisés cette année. Je me disais que peut-être, cette fois-ci, il y aurait une suite. Je crois que je ne me suis jamais sentie aussi seule, aussi vide. Être assez jolie pour assouvir ses besoins sexuels ne m’a jamais apporté le bien-être que je recherche. Cette soirée où je l’ai croisé, notre première nuit, puis cette longue discussion au bar, je commençais à vraiment l’apprécier, peut-être qu’il aurait pu m’inciter à retarder mon prochain départ.
Je suis terrassée, terrifiée. Comment pouvais-je imaginer être un jour confrontée à une telle épreuve. Il m’emmène là-bas ?! Vraiment, le faut-il ? Non, laisse-moi, pitié ! Je ne peux pas, je ne veux pas, lâche-moi ! C’est impossible. Un mauvais rêve, oui, c’est certainement ça, un délire. J’ai pris quelques trucs hier soir, ma descente est difficile. Je vais me réveiller en sueur, vomir et réaliser que rien de tout ça n’est vrai.
Ne pas céder à la panique, il ne me fera pas de mal…
J’avance dans un long couloir blanc, il n’y a personne d’autre que lui et moi. Nous marchons en silence.
Pourtant il était d’une telle violence, je n’ai pas compris.
J’ai peur de ce que je vais découvrir, des flashs me passent devant les yeux. Les images sont toutes plus horribles. Je sens que je vacille. Je ralentis.
Et mes affaires sont restées à France Télévision, s’il m’arrive quoique ce soit, personne ne s’en apercevra. Pas même Sonia.
J’ouvre enfin les yeux, je me décide à affronter la réalité. Sur la table devant moi, un drap recouvre le corps de Camille jusqu’aux épaules. J’ai la gorge nouée, mes doigts tremblent et je ne peux les bouger. J’essaye d’acquiescer mais ma tête est immobile, paralysée. Mes yeux se ferment. J’ai chaud. Non, j’ai froid. J’ai la nausée. Un soubresaut et je retrouve usage de mes membres. Je m’élance à toutes jambes vers la porte, manque d’arracher la poignée en voulant l’ouvrir et vomis dans l’évier qui se trouve à côté. Je relève la tête, ma vue est troublée par les larmes. « Oui, c’est bien elle. »
Suite et fin : Poing de vue – 5/5
