Poing de vue – 2/5

Si vous n’avez pas encore lu la première partie : Poing de vue – 1/5

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Deux heures déjà que je patientais à boire un café infâme en écoutant les blagues vaseuses de deux collègues. La salle d’attente était chirurgicalement décorée. La lumière, trop forte, me déchirait les yeux. Sans compter que j’avais bu. Je pensais au cul de Sonia. Il était doux. Je la revoyais, déchainée.

« Mets une capote » avait-elle lâché dans un râle. Ramenant ses longs cheveux blonds en arrière, elle s’était agrippée à moi, se tenant d’une main à la plus haute étagère de la bibliothèque. Je l’avais prise sans trop y mettre de manières. Je n’ai jamais aimé ça, les manières. Je me souviens avoir enfoncé mes ongles dans la chair de ses omoplates à mesure qu’elle devenait bruyante, tant elle m’excitait, la garce, à gémir de la sorte.

A première vue, la petite avait été violée. Et cradement. Ses vêtements arrachés, ses mains crispées, les traits de son visage tirés… Le médecin légiste fit ses relevés préliminaires alors qu’on sondait les alentours. Dans la boue, une trace de pneu. Rien d’autre. De mes yeux vitreux je vis s’approcher une blouse blanche. Le toubib. La malheureuse était prête pour l’autopsie.

Je ramène rarement des femmes chez moi, surtout si jeunes, mais la gamine ne m’avait pas quitté du regard tandis que ses copines pouffaient en se montrant les écrans de leurs téléphones portables. La chaleur était étouffante ce soir-là. On attendait l’orage. Depuis le bar, je distinguais la peau moite d’une épaule hâlée par quelques semaines de vacances au soleil, un sein tendu à peine caché par la fine étoffe bleue de sa robe. Je me rappelle encore m’être pris à imaginer l’odeur de sa chatte. Alors que ses amies rassemblaient leurs affaires, je m’étais dirigé vers elle et lui avait dit, simplement : « je vous offre un verre ? ». Elle sut me faire comprendre qu’elle accepterait d’en prendre un deuxième, mais chez moi. Les quelques mètres qui séparaient le bar de ma garçonnière ont été parcouru en courant, la pluie s’était mise à tomber aussi soudainement et puissamment que les cuisses de Sonia devinrent moites.

Je la besognais, appliqué, lorsque le téléphone s’était mis à sonner, couvrant les râles de ma partenaire. Je la sentais venir et je n’allais pas tarder à jouir aussi.
« Willy, c’est Thomas. Putain décroche ce téléphone ! J’espère que tu t’es pas encore murgé… Bon écoute, on a un cadavre sur les bras, une nana, plutôt sexy d’ailleurs, vu ce qu’il en reste. Amène-toi. Je te rappelle sur ton portable. »
Habitué à ce genre d’appels, j’avais cherché à en finir rapidement avec la gosse, mais elle avait été coupée dans son élan. « T’es quoi, un flic ? » Sa voix grondait, sa jolie gorge ne se soulevait plus au rythme rapide de son souffle, la frustration était évidente. Mon portable avait alors vibré sur le sol, dans la poche de mon jean. Je contemplais ma jolie proie avec regrets. Dans un soupir, j’avais libéré sa cuisse que je tenais encore fermement et sa jambe était retombée lourdement, dégageant mon sexe dénué de toute rigidité autour duquel pendait misérablement un morceau de plastique. Sonia s’était déjà partiellement rhabillée. J’avais décroché en grognant un « ouais » si antipathique que même Satan en aurait balbutié.

Il ne m’avait fallu qu’une vingtaine de minutes pour mettre les pieds sur place, il y avait un peuple pas possible. Que des gars de chez nous. Dans les films, on voit toujours un journaliste traîner dans le coin et emmerder son monde à mener sa petite enquête parallèle, en réalité ça n’arrive jamais. Une secrétaire médico-légale prévenait les papiers locaux en temps voulu pour annoncer la découverte d’un corps, ils rappelaient le divisionnaire qui racontait la version qu’il avait d’un vague rapport et, selon l’avancement de l’enquête, en lâchait plus ou moins. Sauf si le macchabé était connu, on en faisait rarement tout un cas dans les journaux.

Nous nous dirigeâmes, le légiste et moi, vers le cadavre. Dans la décharge, l’averse avait grandement atténué l’odeur de mort. Ici, la dépouille sentait à deux mètres de la porte. Le drap fût enlevé, un assistant notait tout ce que le médecin me disait.

Finalement, les coupures n’étaient que des griffures profondes, l’agresseur avait les ongles d’une bête sauvage, mais aucune n’avait pu être fatale. Le spécialiste penchait sur un coup fort à l’arrière du crâne, d’après les radios. Aucun signe d’abus sexuel, cela n’arrangeait pas mes affaires : le viol permet de limiter la liste des suspects aux hommes, souvent on y retrouve des traces, des cheveux, de l’ADN qui nous permettent d’établir peu à peu un descriptif précis du coupable et constituent aussi une preuve tangible face au juge. D’après les bestioles retrouvées sur le corps, la mort remontait à trois ou quatre mois. Je parcourus rapidement le rapport d’enquête préliminaire de mon collègue. On avait retrouvé son sac à main sur le terrain vague à quelques mètres du cadavre. A l’intérieur, le ticket le plus récent était la note d’un bar. La date correspondait au moment du décès. La gamine s’appelait Camille, elle avait à peine 20 ans. Elle fournissait des documentaires pour une chaîne animalière et était souvent amenée à disparaître pour plusieurs semaines, sans vraiment prévenir. C’est après un mois sans nouvelles que sa famille avait signalé sa disparition. Son visage était fin, orné de jolis cheveux noirs. Mes yeux contemplèrent la courbe de son épaule qui me rappelait Sonia. Je refermais le dossier et me concentrais sur la lame du scalpel qui tranchait, écartait, dégageait sans interruption. A mesure que le légiste manipulait les restes pour son exposé, la fièvre me montait telle une bouffée de chaleur. Un spasme survint. J’avais la gerbe et décidait de couper court aux divagations en blouse blanche.

Un détail me restait toutefois sur l’estomac. L’arrière du crâne portait des traces d’un coup de poing, de trop petite taille pour affirmer avec certitude le sexe de l’agresseur, mais selon les conclusions de l’autopsie, la violence de la mort était telle qu’il semblait improbable de frapper avec une telle force sans se broyer les os. Il me faudrait remonter le parcours de Camille, fouiller sa vie. D’après la note, deux bières, je supposais qu’elle n’était pas seule. Je sonnais chez la mère de la victime. D’abord annoncer le décès, réconforter les proches tout en les interrogeant, puis j’irai dans ce bar. La porte s’ouvrit sur Sonia.

 

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